Arnaud CHOCHON

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Invité en Ariège pour 15 jours de résidence artistique* au Printemps 2019 sur le thème « vestiges du présent pour une archéologie du futur », j’ai décidé de scinder ce temps imparti en deux séjours d’une semaine. Mon regard photographique s’est d’abord porté sur l’environnement Couserannais et plus particulièrement sur l’urbanisme et l’emploi du béton comme matériau de construction. Puis, un mois plus tard, après avoir lu des études démographiques sur ce territoire, je suis revenu pour ma deuxième semaine de résidence rencontrer les néo-arrivants d’hier et d’aujourd’hui.

« Laisse béton »

Dans le Couserans, le « vert » est omniprésent. Quand je suis arrivé en avril la végétation explosait après l’hiver. C’est justement parce que ce territoire est sans doute l’une des régions les moins bétonnées de France que je mets en lumière dans ce travail photographique l’utilisation massive de ce matériau de construction depuis les années 50. Le contraste est plus important ici que dans une région  urbanisée.

Alors que nous avons hérité de maisons, églises, murets (…) en matériaux bruts, nobles et locaux, qui même après destruction peuvent rejoindre facilement le milieu naturel sans devenir un déchet, ce travail est une réflexion sur la trace du béton laissée aux générations futures. Il ne dénonce donc pas une quelconque politique d’urbanisme locale mais laisse plutôt des  interrogations : le béton sera t’il autant utilisé ces prochaines décennies alors que sa fabrication en fait le matériau le plus émetteur de CO2, que la pénurie de sable en fait une ressource stratégique, rare et objet d’un vaste trafic, que les extractions maritimes menacent les côtes et les écosystèmes ? Jusqu’à quand cette exploitation sera t’elle possible ? Quels impacts sur le bâti et sur l’environnement le béton laissera t’il aux générations futures ?

Mon travail se décline sous deux formes : une série photographique présentée en exposition et un objet multimédia où l’on peut découvrir  le béton disparaître  et la végétation reprendre place.

 

« Les fées de la vallée ont volé mon âme »

Territoire montagneux, sans accès direct à l’Espagne et non desservi directement par l’autoroute et le train, le Couserans est relativement enclavé par rapport à ses territoires voisins du Commingeois et du Pays de Foix. Pendant longtemps, ce territoire a été confronté à un exode rural marqué. La baisse de la population s’est poursuivie jusqu’à la fin des années 90. Cependant entre 1999 et 2010, l’attractivité y est forte. Le retournement de tendance est lié exclusivement à l’apport migratoire qui compense désormais largement un déficit naturel persistant. Les arrivées étant plus nombreuses que les départs, le Pays Couserans gagne 2000 habitants et atteint désormais 30000 habitants. Sur cette période, la croissance annuelle de population est plus élevée que dans l’ensemble des 7 pays de la chaine pyrénéenne (+0,6% contre +0,4%) (Source : INSEE). Les nouveaux arrivants contribuent à l’accroissement de la population active et rajeunissent le Couserans. Entre 2009 et 2014, le Couserans continue d’attirer de nouveaux habitants, mais cette attractivité s’érode par rapport à la période précédente.

Mon travail porte sur ces nouveaux arrivants ; qui sont ils ? Pourquoi sont-ils arrivés sur ce territoire ? S’investissent-ils dans la vie locale ? Ont ils été bien accueillis ? Que vont-ils laisser sur le mode de pensée et de vivre des générations futures Couserannaises ?

J’invite à trouver quelques réponses dans une série de portraits photographiques mais également en écoutant leurs témoignages dans un document sonore où nouveaux arrivants et natifs nous donnent leurs sentiments et leurs points de vue. Une attraction forte et irrationnelle de ce territoire, difficilement expliquée revient dans les témoignages recueillis des nouveaux arrivants. Comme dirait Francis, avec humour dans son témoignage, mais reflétant bien cette forte attraction de tous, « Les fées de la vallée ont volé mon âme ».

Un énorme Merci pour l’accueil de tous :  Néo-arrivants et natifs Couserannais,  organisateurs de la résidence ainsi qu’à tous ceux qui m’ont apporté leur aide précieuse pendant ces 15 jours de résidence.

* Résidence d’expérimentation au Château de Seix organisée par la Communauté de Communes Couserans-Pyrénées et l’association Autres Directions, en partenariat avec l’ADECC, réalisé au sein du projet PATRIM+, avec le soutien du POCTEFA 2014-2020 (FEDER – Interreg V) et du Conseil départemental de l’Ariège.

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